Laurent DEMASLES, Président UFME réagit à l’annonce du gouvernement
Au regard de la crise économique affrontée par les acteurs de la construction, qui se traduit par des conséquences sociales directes dramatiques, la profession ne peut que se féliciter de la prise de conscience du gouvernement et de nos élus sur cet enjeu devenu l’une des premières préoccupations des Français.
Lors de cette crise, notre profession a connu un recul sans précédent de son marché : moins 2 à 3 millions de fenêtres posées par an sur les 3 dernières années sur un marché d’environ 10 à 11 millions de fenêtres installées chaque année, ce qui représentant donc une baisse d’environ 25%. Ce recul du marché, c’est un recul de l’économie française puisque, il faut le rappeler, plus de 87 % des fenêtres installées en France ont été produites en France. Cette crise est donc aussi une crise de l’industrie française, une crise de l’économie française et une crise des emplois français. Cette crise touche la France dans ses territoires puisque les entreprises de notre filière sont très implantées dans les territoires. Nous sommes d’ailleurs la filière qui compte le plus d’implantations dans les communes de plus de 500 habitants. Pour rappel la filière Portes & Fenêtres compte plus de 50 000 entreprises de toute taille installées dans toutes les régions françaises et emploie plus de 180 000 collaborateurs dédiés à la fabrication et/ou pose de fenêtres.
Le double objectif de quantité et de délai de réalisation annoncé par le gouvernement pose néanmoins plusieurs questions :
- Ces objectifs apparaissent très optimistes. En effet, les délais entre l’annonce d’une telle mesure et la construction effective des logements sur le territoire, avec les difficultés posées par l’obtention de l’ensemble des autorisations urbanistiques, sont de plusieurs années. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous savons d’ores et déjà que la crise pour notre profession n’a pas encore atteint son point bas. Malgré ces annonces, des entreprises, des emplois et des compétences vont encore continuer à disparaitre ce qui va d’autant plus réduire notre capacité structurelle de construction pour le futur. Cela est préoccupant puisqu’avant la crise qui a frappé notre secteur nous n’étions déjà pas en capacité d’atteindre l’objectif déclaré de 2 millions de logements d’ici 2030.
- Le passé a montré que les incitations fiscales finissent surtout par être captées par le marché du foncier. Par conséquence, cela fait augmenter structurellement le prix de l’accès au logement en général. Néanmoins le statut de bailleur privé ouvre un nouveau champ à explorer qu’il faudra être capable d’analyser et de faire évoluer pour éviter cet écueil. Ce nouveau statut est notamment intéressant par l’incitation qu’elle permet sur le marché ancien avec des rénovations lourdes, bien que les curseurs actuels nous semblent à adapter au réel.
Une autre piste pourrait, selon nous, être explorée pour augmenter le nombre de rénovations : un financement des travaux avec un remboursement au moment de la mutation du logement. Nous savons désormais que le prix d’un bien croît d’environ 6% à chaque classification de DPE, soit plus de 30% entre une classification G et A. Ce pourcentage ne fait qu’augmenter au fur et à mesure que les acquéreurs s’approprient les enjeux de coût énergétique, carbone et confort que traduit cette classification. Ce delta majeur, qui revalorise fortement un bien, pourrait servir de garantie par un organisme financier de l’Etat pour porter l’emprunt servant à financer la rénovation correspondante. En étant enregistré auprès d’un notaire, il serait tracé pour être remboursé au moment de la revente du bien. Comme autres mesures que porte la profession nous pouvons également citer l’apport essentiel de MaPrimeRénov’, qui doit aider en priorité les ménages en précarité financière et donc en incapacité de financer et de gérer la complexité de travaux de rénovation de sortir de la précarité énergétique et de conditions de (sur)vie dans les périodes de basses températures comme de plus en plus de canicules.
La TVA à 5,5% pour la rénovation reste aussi un élément décisif pour inciter les Français à investir vers ce poste de dépense vertueux en emploi, en dépendance énergétique de la France, en émission de carbone en confort de vie, …
Finalement, il nous semble essentiel de continuer à accompagner les bailleurs sociaux qui restent un grand pourvoyeur de logements neufs et de rénovation de logements de qualité en France. Nous nous félicitons à ce titre de l’effort que le PLF 2026 porte sur ce point même s’il doit être amplifié et pérennisé sur des sources de financement récurrentes.
Laurent DEMASLES, Président UFME
